Les trois facettes de Léo Drouyn

Léo Drouyn est à la fois un artiste et un historien, véritable père fondateur de l’archéologie du bâti médiéval en Aquitaine. Féru d’art et d’architecture du Moyen Âge, période que le romantisme a remis à l’honneur au XIXe siècle, Léo Drouyn nous a laissé des milliers de croquis et dessins de monuments accompagnés de Notes historiques et archéologiques qui font encore référence aujourd’hui. Il a en outre publié de nombreux ouvrages historiques illustrés de ses propres gravures dans lesquels les historiens actuels sont amenés à puiser sans cesse.

En tant qu’historien-archéologue, Léo Drouyn a eu pour principe essentiel la conservation des monuments, dénonçant avec vigueur le « vandalisme monumental » à l’œuvre au XIXe siècle, symbolisé par la destruction du cloître de la cathédrale Saint-André de Bordeaux ou la « restauration » de l’église Sainte-Croix de Bordeaux. Son rapport sur les travaux d’Abadie, sa dénonciation de la destruction de l’église de La Rivière qu’il a tenté en vain d’empêcher ou son étude critique de l’église de Saint-Martin de Sescas en ont fait l’un des principaux représentants du parti des « archéologues conservateurs ». Comme il le prévoyait, ses dessins ont permis de sauver la mémoire de nombreux monuments disparus ou dénaturés.


Le dessinateur romantique

Léo Drouyn est aussi un dessinateur de grand talent, proche de l’école de Barbizon. Il savait habilement marier rigueur scientifique et sensibilité romantique. Si ses dessins sont très précis et apportent des informations inestimables sur l’aspect des paysages et des monuments au XIXe siècle, ils reflètent aussi son goût de la nature et du pittoresque, laissant une place importante à l’environnement végétal ou à l’atmosphère des lieux. Cet attrait pour la nature et le pittoresque l’a ainsi conduit à dessiner à de nombreuses reprises le Bassin d’Arcachon, les arbres remarquables de la forêt usagère de La Teste (qui existe encore) et les grandes landes alors marécageuses et lagunaires, qui ont peu à peu disparu avec l’ensemencement de la forêt landaise. Les artistes de l’école de Barbizon ont également porté beaucoup d’intérêt à la représentation de fermes, d’animaux, de paysans ou de scènes agricoles. Léo Drouyn s’est inscrit dans cette mouvance en dessinant le « petit patrimoine » rural, menacé par les grands bouleversements industriels du XIXe siècle. En représentant de façon précise l’architecture des maisons et les objets de la vie quotidienne, Léo Drouyn a porté un véritable regard ethnographique sur ce monde rural et a permis de conserver une trace de ces édifices fragiles en torchis et à pans de bois, comme vient de le prouver la publication de ses dessins des hameaux groupés de la vallée du Lot aujourd’hui disparus.


Le graveur : un maître de l’eau-forte

Léo Drouyn fut surtout connu de son vivant pour son talent de graveur, et plus particulièrement d’aquafortiste. À ce titre, il figure en bonne place dans toutes les encyclopédies consacrées à la gravure. Médaille d’or de l’eau-forte au Salon de l’Exposition universelle de 1867, Léo Drouyn est considéré comme l’un des grands noms de cet art difficile dont Rembrandt fut le maître incontesté et qui connut un brillant renouveau au milieu du XIXe siècle. Il fut l’un des membres fondateurs de la Société des aquafortistes créée en 1862 par Cadart et Delâtre.


Son œuvre

Léo Drouyn a réalisé tout au long de sa vie des milliers de dessins et plus de 1550 gravures qui peuvent se diviser en quatre grandes catégories :

- les dessins et gravures de paysages
- les dessins et gravures de monuments
- les dessins et gravures ethnographiques (scènes de vies…)
- les éléments décoratifs (lettrines, frontispices, ex-libris…)