Dessinateur pour la Commission des Monuments historiques

Depuis Pierre Lacour fils et Gustave de Galard, les monuments historiques sont, dès les années 1810 (date de la circulaire Montalivet), un des sujets de prédilection de l’école paysagiste girondine. La lithographie régionale et les artistes qui utilisent cette technique n’ont cessé de représenter, par goût du pittoresque ou intérêt historique, les vieux monuments du département. Comme le dit Jouannet dans le Musée d’Aquitaine en 1813, désormais, les souvenirs historiques sont l’âme des paysages
Aussi, lorsqu’en 1842, un jeune publiciste agenais, Alexandre Ducourneau, se lance dans l’ambitieuse publication d’une Guienne historique et monumentale illustrée de près de trois cents lithographies de monuments, le jeune Léo Drouyn, tout juste revenu de Paris, sera partie prenante, avec une douzaine de lithographies à la plume, de cette aventure éditoriale.

La création en 1839 à Bordeaux d’une Commission départementale des Monuments historiques, sur le modèle de celle de Paris, lui offre bientôt une occasion inespérée de tirer parti de son goût du dessin de paysages et de monuments. A son retour de la capitale, il intègre l’équipe de dessinateurs de la Commission des Monuments historiques pour enrichir de plans et de « croquis pittoresques » (c’est-à-dire d’élévations de monuments) leur projet d’Album départemental. Dessinateur particulièrement apprécié, Drouyn travaillera pour celle-ci jusqu’en 1849, date à laquelle il rompra avec elle pour des raisons tout à la fois matérielles et idéologiques. Mais c’est là qu’il apprit la rigueur nécessaire de la composition, l’impératif d’exactitude dans le rendu des détails, le choix des meilleurs angles, l’intérêt des plans, des coupes et des mesures, tout ce qui fera le formidable intérêt de l’œuvre à venir. 


En 1846, Léo Drouyn publie son premier grand ouvrage : le Choix des types les plus remarquables de l’architecture au Moyen Âge dans le département de la Gironde et ses cinquante eaux-fortes de monuments. Elle indique par son titre et ses sujets tout ce qui sera le thème constant et inépuisable de l’œuvre de Drouyn : le Moyen Âge, auquel le Romantisme a redonné ses lettres de noblesse, les églises et les châteaux dont il s’agit de présenter les « types » les plus représentatifs, dans l’attente d’en dresser plus tard une « statistique », et d'en fixer l’image avant que ces monuments ne disparaissent sous les coups du « vandalisme moderne », selon l’expression à la mode lancée par Montalembert et Victor Hugo.

La « conservation », voilà le maître mot, voilà l’idée maîtresse qui ne va cesser de guider les préoccupations de Léo Drouyn, et tout d’abord d’un point de vue monumental : il se rapproche ainsi à partir de 1844 de la Société Française d’Archéologie. Léo Drouyn apprend vite au contact des savants de cette Société. Dans ce milieu cultivé de jeunes aristocrates épris de sciences et d’art, il développa des amitiés qui furent celles d’une vie, s’entoura d’un petit cercle d’intimes que seule la mort sépara.

En 1846, il donne onze planches pour Quelques faits à ajouter à la description monumentale de la ville de Bazas que publie Charles Des Moulins. La machine est lancée et ne s’arrêtera plus. En septembre 1847, au Congrès archéologique d’Angoulême, Drouyn présente une communication sur « Les églises du département de la Gironde » et le 17 sur « L’architecture militaire du Moyen Âge dans la Gironde et le Périgord ». Ainsi, dès cette date, tout est dit, ses deux grands pôles d’intérêt sont déjà parfaitement marqués. Drouyn commence à forger sa culture monumentale et historique.

Bernard Larrieu